Le coup de feu a été entendu de tous les côtés. Les gens courent au milieu de la route. Un bus se retrouve pris au milieu du chaos. Paniqués, les passagers supplient le conducteur de s’arrêter afin de descendre et de chercher un abri. Un homme, qui a un bâton à la main et dirige les autres, lui crie : « N’allez pas en avant, ils vont tous nous tuer ! » mais le chauffeur ne se retourne même pas et continue sa route. Jusqu’à ce qu’il se retrouve soudain au milieu d’une rue : d’un côté se tiennent des gens sans défense, sans armes, et de l’autre côté leur font face les soldats armés. Le bus est le seul bouclier des gens sans défense.

Le commandant des soldats répète dans un haut-parleur que le bus doit bouger de là, mais le conducteur ne prête aucune attention à ses hurlements. Il reste là, afin de mettre fin au massacre. Perdant patience, le commandant en colère va vers le conducteur et lui tire une balle dans la tête… Ce jeune homme n’est autre que le professeur Hasan Bana, mort en martyr pendant  la révolution [1997]. Martyr dont le nom est gravé à l’entrée de la première rue du quartier de Majidieh. La rue du professeur Hasan Bana commence dans le boulevard Hemmat au nord de Téhéran, et se termine dans le chemin d’ouest au sud. Le quartier Majidieh, délimité par au nord par le boulevard Hemmat, à l’ouest par le boulevard Sayad Shirazi et à l’est par le boulevard Kerman, est connu pour être le quartier le plus peuplé d’Arméniens. 

Cette démarcation est formelle depuis que Shams Abad, quartier voisin de Majidieh, a été adjoint à Majidieh. Ce quartier est l’un des lieux qui fut reconstruit après la révolution et prit alors sa forme actuelle. A première vue, quand on s’y aventure, Majidieh ne diffère pas d’autres quartiers. C’est un enchevêtrement où l’on retrouve les mêmes rues étroites, anarchiques, et des bâtiments sur les hauteurs qui font s’essouffler les ruelles. Mais au fur et à mesure que l’on s’avance dans le quartier, les bribes de conversation en arménien, les affiches et les enseignes de certains magasins indiquent que ce quartier accueille encore une importante communauté originaire d’Arménie.

Au temps où les Arméniens s’établirent ici, Majidieh était une zone à l’extérieur de Téhéran. Ce quartier faisait partie des propriétés foncières d’Abdolmajid Mirza Einodolleh, et le nom Majidieh vient du nom de ce prince Qajar. Ce quartier a été divisé en deux partie, l’une au nord et l’autre au sud, lors de la construction du boulevard Resalat, et la partie sud concentre la majeure partie de la population d’origine arménienne. Le quartier est sillonné de quelques rues emblématiques ; telle la rue du professeur Hassan Bana, celle du martyr Homaei, ou encore la rue Asna Achari. On y croise aussi des jardins et des parcs, petits et grands, comme Majidieh, Janbazan, Fereshteh et Aghaghia, oasis de verdure dans le quartier.

On compte de nombreux Arméniens célèbres issus de ce quartier,  connus non seulement des habitants, mais aussi de tous les Iraniens, et qui sont mis l’honneur à Majidieh, tels que les martyrs arméniens qui ont sacrifié leur vie au cours des huit années de la guerre Iran-Irak. L’art iranien s’enorgueillit lui aussi de contributions d’hommes tels que le réalisateur Samuel Khachikian, Oroj Karim Chrétien ou le musicien Razmik Moassesian. Le célèbre joueur de foot (de l’équipe nationale) Andranik Teimourian, qu’il n’est nul besoin de présenter, est lui aussi originaire de ce quartier.

On ne trouve ici ni grands centres commerciaux, ni demeures cossues ou appartements élégants. Majidieh a conservé une atmosphère simple et pittoresque, et la plupart de ses habitants sont de la classe moyenne. Ses centres commerciaux présentent une grande variété de boutiques traditionnelles, et sont situés à côté de la rue principale. Ici on répond à la demande locale : les chaînes de fast food n’en sont qu’à leurs premiers pas et leurs succursales sont encore dirigées de manière traditionnelle. Les sandwichs et les plats des restaurants de Majidieh ont une qualité et un goût particuliers, qui est fameux auprès des habitants de Téhéran. On trouve de nombreuses échoppes dispersées dans les rues et les ruelles. Mais le magasin le plus souvent rencontré ici, c’est la boucherie.

Majidieh est un quartier resté inhabité pendant longtemps en raison de sa situation, et l’on y croise peu de bâtiments anciens et historiques, hormis un moulin et un jardin, connu sous le nom de « jardin du prince » et deux anciens hammams, dont il ne reste malheureusement rien.

Le voisinage avec le quartier Resalat rend difficile l’accès au quartier Majidieh. Les bus qui viennent de Khavaran-Elm o sanat vous déposent à la station Sarsabz, d’où vous pouvez rejoindre le milieu de la rue du professeur Hasan Bana. Tous les bus qui partent de l’ouest de l’autoroute Resalat vers la place Resalat passent par le centre de Majidieh et permettent de rejoindre Majidieh du nord et du sud. Au début de la partie sud de Majidieh, des taxis peuvent vous emmener à destination.