Dimanche 12 novembre dernier, la province de Kermanshah à l’ouest du pays, à la frontière avec le voisin irakien, était touché par un violent séisme. Ce tremblement de terre de magnitude 7,3 a fait plusieurs centaines de victimes et des milliers de blessés. Pourtant, aussi terrible et dramatique soit le bilan humain, il n’est rien si on devait le comparer avec le séisme tant redouté dans la capitale iranienne.

Dans une récente interview accordée à l’agence de presse iranienne ISNA, Ali Beytollahi, responsable du centre iranien de recherche de développement urbain et des routes a livré cette estimation : un tremblement de terre de magnitude 7,5 sur la ville de Téhéran ferait un million de victimes. Le même rapport évoqué par le responsable note que le bilan pourrait être bien plus important en prenant en compte les victimes secondaires, qui ne seraient pas secourues à temps et qui seraient les victimes de répliques du séisme. « Il y a le même problème pour certaines capitales situées à côté de failles, comme Mashad ou Chiraz », poursuit le responsable.

Tremblement de terre : le Trésor américain pointé du doigt après une campagne de fonds bloquée. À lire ici https://t.co/tgwGcGezme pic.twitter.com/JFRmw7VuNM — Lettres Persanes (@LesPersanes) November 18, 2017

« Si les deux failles bougent en même temps, alors là, il y a danger »

La particularité de Téhéran est d’être située à proximité de plusieurs failles à la fois. « Une première au pied de la chaîne de montagnes Alborz au nord et une autre à Rey (ville jouxtant la capitale) au sud de Téhéran, nous liste Bernard Hourcade, géographe, directeur de recherche émérite au CNRS / Monde iranien. Si l’une ou l’autre bouge, il n’y a pas trop de risque. En revanche, si les deux bougent en même temps, alors là, il y a danger. » Pour le spécialiste, l’estimation à plus d’un million de victimes est tout sauf farfelue. Les « chiffres catastrophiques » comme celui-ci sont souvent mis sur la table : « Dès la fin des années 1990 – début des années 2000, un rapport très détaillé de l’Agence japonaise de coopération internationale avait mis en évidence ce risque très grand avec des estimations comparables. »

L’une des principales raisons avancées à ce nombre de victimes est la qualité du bâti dans la capitale. « Si les nouveaux bâtiments respectent les normes de sécurité, il n’y a aura pas de problème, conditionne Ali Beytollahi, selon qui près de 200 000 logements à Téhéran ne respecteraient pas ces normes. Il faut renforcer les bâtiments. L’État surveille de plus en plus la construction dans les villes. À Kermanshah, on a vu que ceux qui respectaient un minimum les critères n’ont pas été tant endommagés. Avec un minimum de normes de sécurité, on peut limiter risques de façon efficace. » Le programme « Mehr » de logements sociaux à très bas prix, initié par le président populiste Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), avait justement été largement pointé du doigt après le séisme du mois dernier. « En 2005, un plan d’urbanisme sérieux a été présenté, note Bernard Hourcade. Un programme honorable mais la construction n’a pas été à la hauteur. Officiellement, les bâtiments doivent être antisismiques. Ces normes sont imposées dans tout l’Iran. » Mais la corruption dans le BTP serait telle que toutes les normes n’auraient pas été respectées.

Un séisme dans les 15 ans ?

Tout l’enjeu est de savoir quand pourrait avoir lieu ce tremblement de terre. Bahram Akkasheh, un sismologue iranien de l’université de Téhéran, l’un des experts plus sollicités sur la question, interviewé en 2016, estimait que les « tremblements de terre ont lieu tous les 200 ans. (…) Si on se réfère au cycle, il existe une possibilité que dans les quinze prochaines années un tremblement de terre secoue Téhéran. » « Le maire de Téhéran avait déclaré qu’à la suite d’un tremblement de terre à Téhéran, le nombre de victimes pourrait se chiffrer en millions. La ville peut être effacée de la surface terrestre », prévenait-il. Un drame potentiel sans commune mesure avec celui survenu en 2003, à Bam. Le séisme avait fait plus de 30 000 morts, des dizaines de milliers de blessés et quasiment détruit la célèbre citadelle dans son intégralité.

Un traumatisme encore bien présent dans la tête des Iraniens. En particulier chez les Téhéranais. « Ce n’est pas la psychose du Japon ou à San Francisco mais la population a conscience, juge Bernard Hourcade. Tout le monde a cette culture du tremblement du terre. »