Née et élevée en Iran de parents afghans, la photographe Fatimah Hossaini, 25 ans, a déjà exposé dans plusieurs villes d’Iran et d’Afghanistan, mais aussi en Europe. Par la photographie, elle souhaite montrer que son pays d’origine ne se limite pas à la guerre et aux femmes en burqa.

Son envie de photographier l’Afghanistan est alors venue naturellement, il y a 6 ans. « Ma mère m’a toujours parlé d’un pays rempli de beautés et de mille merveilles quand la guerre n’était pas. » Pourtant, quand elle va en Afghanistan pour la première fois, Fatimah Hossaini se rend compte que la réalité est différente : c’est un pays d’après-guerre fractionné et communautariste qui la frappe de plein fouet. Mais ce sont les restrictions imposées aux femmes qui lui donneront envie de s’engager pour la défense des femmes, restrictions qu’elle juge plus dures en Afghanistan qu’en Iran.

« J’ai de la chance d’avoir un père ouvert d’esprit qui m’a toujours soutenue dans mes choix. Mais beaucoup d’hommes afghans ne partagent pas ce point de vue. L’influence qu’a eue l’arrivée des Talibans en Afghanistan est désastreuse. Les femmes ont été

contraintes de porter la burqa, ont été privées d’éducation et les hommes ont obtenu un pouvoir immense sur la liberté des femmes. Toutes ces restrictions imposées par la société et par les hommes causent de nombreux suicides de femmes chaque année et l’emprisonnement de femmes qui n’ont pas « respecté » les codes imposés. Tout ça est très douloureux pour moi. »

C’est dans ce contexte que son travail commence à s’axer sur des portraits de femmes afghanes qui reflètent la diversité culturelle du pays. Entre habits traditionnels et burqas, la photographe tente de valoriser des femmes libres malgré le port du voile, des femmes uniques aux traditions multiples. Mais au-delà de la production photographique, Fatimah multiplie les projets éducatifs. Elle anime des conférences, intervient dans les universités, donne des cours de photographie à d’autres femmes du pays. Son objectif est de changer la manière de vivre, d’ouvrir les esprits par la photographie et d’espérer une certaine émancipation des femmes.

« Même si l’insécurité est toujours présente, tout est désormais possible en Afghanistan, surtout dans le domaine de la culture car la guerre a eu l’effet de supprimer toutes les institutions culturelles. Il y avait, à Kaboul, un très bon institut français qui était actif mais ce centre a été bombardé. Depuis, la sécurité est y renforcée et il est quasiment impossible de s’y rendre. »

Malgré cette désertification culturelle et le poids de la tradition et de la famille, Fatimah constate des changements qui maintiennent son optimisme. « J’ai vu des femmes s’éduquer toutes seules, j’ai vu des femmes dans des cafés sans voile. J’ai aussi vu des femmes très libérées dans des soirées à Kaboul. Les femmes apprennent, avec le temps, à devenir fortes. Toutes ces initiatives les rendent puissantes ».

Pourtant, ces phénomènes d’émancipation et de revendication restent propre à la capitale, Kaboul. Les provinces les plus reculées de l’Afghanistan ne sont pas prêtes à accorder aux femmes une liberté d’action. C’est dans ces provinces que les actions se complexifient pour la jeune photographe.

« De manière générale, en Afghanistan, les gens n’ont aucune considération pour l’art visuel. Quand je tente de sensibiliser des femmes issues de milieux traditionnels, elles ne comprennent pas l’intérêt de la photographie. Pour elles, un métier se traduit par une carrière, par une position élevée dans la société, et par beaucoup d’argent. L’art et la photographie ne sont pas des activités qui mènent à un métier sérieux ».

Pour convaincre et trouver une crédibilité, Fatimah Hossaini doit alors trouver des arguments. La plupart du temps, elle parle de son expérience, de l’argent qu’elle gagne et des personnes qu’elle rencontre. Elle leur parle aussi de l’Histoire en citant le photographe Steve McCurry, un photographe célèbre en Afghanistan. « Ses photos ont eu une influence incroyable sur le pays car il a su montrer la beauté afghane, dans tout ce qu’elle englobe. Les gens sont très sensibles à ces impacts en Afghanistan. » Mais lorsqu’elle aborde son intérêt pour le droit des femmes, l’incompréhension et l’effroi se font sentir. « Je dirai qu’il y a deux types de femmes : celles qui acceptent la situation actuelle, dont le centre d’intérêt tourne autour du foyer et du mari, et d’autres femmes qui sont des bombes à retardement et qui attendent le moment opportun pour prendre leur liberté. En Afghanistan, tout est une question de temps désormais. »