Le samedi 11 janvier 2020 restera sans doute gravé dans la mémoire collective des Iraniens. Ce jour-là, les responsables militaires iraniens reconnaissent leur responsabilité dans le crash de l’avion de la compagnie Ukrainian Airlines qui a fait 176 victimes dont 147 Iraniens. C’est donc après trois jours de déni que le général Hajizadeh, commandant de la force aérospatiale des gardiens de la révolution annonce que l’avion a été abattu par un opérateur militaire à proximité de l’aéroport international Imam Khomeiny, dans le sud de Téhéran.

Cette tragédie a suscité une vague d’émotion mais aussi de colère parmi les Iraniens en raison de l’incompétence et des mensonges de leurs responsables. Malgré les excuses officielles du gouvernement et des responsables militaires, de nombreuses manifestations ont eu lieu dans les grandes villes du pays comme Téhéran, Chiraz ou encore Kerman.

Lettres Persanes souhaite rendre hommage à son tour aux victimes et à leur famille et plus largement à la grande diaspora iranienne. Car après-tout, le vol PS752 symbolise d’une certaine manière tous ces Iraniens qui vivent à l’étranger (nombre des passagers avaient la double nationalité). Nous consacrerons donc une série de publications aux victimes du Boeing 737-800 mais aussi aux membres illustres de la diaspora iranienne. Cette tragédie nous fait réaliser qu’il est nécessaire d’honorer également la mémoire des vivants.

Hamed Esmaillioun, médecin et écrivain a perdu son épouse et sa fille

Hamed Esmaillioun : né en 1977 à Kermânchâh, il émigre au Canada avec sa famille en 2010. Médecin et écrivain, il gagne le prix littéraire Houshang Golshiri en 2009 pour ses deux œuvres intitulées  « Avishan ghashang nist » (Le thym n’est pas joli) et « docteur Datis ».

Dans « Avishan ghashang nist », recueil de nouvelles, Hamed Esmaillioun décrit la vie de Reza, Bahador, Ahura, Niloufar et Nima, jeunes Iraniens de Kermânchâh durant la guerre Iran-Irak. Le livre a été en partialement censuré par les autorités. À titre d’exemple, l’ensemble de la partie consacrée à Vahid, jeune homme qui souhaite quitter l’Iran et immigrer à l’étranger, a été supprimée. L’écrivain livre son analyse de la situation socio-économique et socio-culturelle des années de guerre et la réaction d’une jeunesse de la classe moyenne qui se sent dépassée par les événements.

« Avishan ghashang nist »

Parisa Eghbalian, son épouse et Rira, sa fille de neuf ans, était toutes deux à bord du Boeing 737-800 ce 8 janvier 2020. Elles venaient de passer leurs vacances en Iran. Parisa était également médecin et travaillait depuis plusieurs années à Ontario. Dans une vidéo envoyée à BBC Persian juste après le crash, Hamed exprime son souhait que la raison du crash du Boeing soit une défaillance technique de l’avion.

Hamed, Paris et Rira (dernier post de Hamed sur Facebook)

Hamed Esmaillioun dans un post Facebook après la répression des manifestations de novembre en Iran citait Milan Kundera : “La lutte de l’homme contre le pouvoir, c’est la lutte de la mémoire contre l’oubli.” 

Toutes nos pensées se tournent vers lui et les familles des autres victimes de cette tragédie.