Fariba Adelkhah est née le 25 avril 1959 à Téhéran. Elle arrive en France en 1977 pour continuer ses études et soutient sa thèse en 1990, intitulée “Une approche anthropologique de l’Iran post-révolutionnaire. Le cas des femmes islamiques” sous la direction de Jean-Pierre Digard. Elle est chercheur au Centre de recherches internationales (CERI) à Sciences Po Paris et a publié de nombreux travaux sur l’Iran et l’Afghanistan.

Depuis les années 1980, elle se rend à plusieurs reprises en Iran pour participer à des conférences et mener des enquêtes de terrains. Lors de son dernier voyage en Iran, elle aurait passé plusieurs semaines à Qom pour mener des recherches sur les institutions religieuses de la ville selon divers médias iraniens.

Fariba Adelkhah a été arrêtée le vendredi 7 juin à son domicile à Téhéran par les services de renseignements des Gardiens de la Révolution. Son arrestation n’a été confirmée par Téhéran que le 16 juillet. Elle était soupçonnée d’espionnage, une accusation qui a été abandonnée le 7 janvier selon son avocat. Cependant, elle est toujours poursuivie pour deux autres motifs.

Le 24 décembre 2019, Fariba Adelkhah annonce le début d’une grève de la faim afin de protester contre sa détention. Il faut également mentionner qu’en raison de sa double nationalité franco-iranienne, contrairement à Roland Marchal, elle n’a pas droit aux visites consulaires de l’ambassade de France à Téhéran.

L’arrestation d’Adelkhah par les Gardiens de la Révolution au moment même où Paris tente de se positionner comme médiateur entre Téhéran et Washington soulève de nombreuses questions. Par ailleurs, la détention de chercheurs français en Iran porte un coup aux relations universitaires bilatérales.

Lettres Persanes soutient pleinement Fariba Adelkhah qui n’est qu’une chercheuse dont le professionnalisme est exemplaire. Les relations culturelles et universitaires, à un moment de forte tension dans la région, restent un facteur essentiel pour la paix et la stabilité.

Une affaire extrêmement compliquée

Mais pour quelle raison Fariba Adelkhah est-elle réellement emprisonnée ? Certes, il nous est impossible de répondre à cette question avec certitude et sans spéculation, mais quelques éléments importants nous donnent la clé d’une meilleure compréhension de la situation.

La possibilité d’une éventuelle volonté de la part des conservateurs iraniens a été déjà évoquée. Il s’agit plus particulièrement d’une partie des Gardiens de la Révolution qui cherche à affaiblir les liens entre le gouvernement d’Hassan Rouhani et les pays européens. Cette possibilité existe mais ne peut être à elle seule la raison de l’arrestation de Fariba Adelkhah. 

Jalal Rouhollah-Nejad, l’ingénieur iranien arrêté en France 

Il y a une dizaine de mois, un ressortissant iranien a été arrêté sur le territoire français. La violation des sanctions américaines est invoquée comme motif de l’arrestation. Le juge en charge de l’affaire a accepté l’extradition de Rouhollah-Nejad vers les États-Unis. Selon plusieurs sources, il risque 60 ans de prison aux États-Unis en cas d’extradition.

Jalal Rouhollah-Nejad. Source : Etemad

Né en 1979, il est diplômé en physique de l’université de Tabriz. En 2003, il obtient son master à l’université de Tarbiat Modares et son doctorat en Chine il y a trois ans.

Deux juges fédéraux américains de l’État de la Caroline du Sud soupçonnent Rouhollah-Nejad d’avoir essayé d’acheter des outils nécessaires pour le développement de systèmes de défense anti drones. Selon ces juges, la mission de Rouhollah-Nejad est d’acheter des outils américains aux Émirats Arabes Unis pour la société iranienne Rayan Roshd Afzar. Il faut dire que cette entreprise est sanctionnée par Washington. Rouhollah-Nejad, pour sa part, a déclaré s’être rendu en France dans le cadre d’une collaboration avec une entreprise française qui participe à des projets de recherche maritime dans le Golfe persique.

Seulement quinze jours après que le juge français accepte l’extradition de Rouhollah-Nejad, Fariba Adelkhah est arrêtée à Téhéran. Une source diplomatique iranienne nous a affirmé que l’arrestation de Mme Adelkhah est liée à l’affaire de M. Rouhollah-Nejad. Il semble donc évident que l’arrestation de Fariba Adelkhah et de Roland Marchal est un moyen de pression du gouvernement iranien sur le gouvernement français afin de libérer Rouhollah-Nejad, sinon empêcher son extradition aux États-Unis.

Fariba Adelkhah est-elle donc victime d’un chantage politique ? Quel avenir pour les relations et la collaboration universitaires entre l’Iran et la France ? Jadis, dans une lettre destinée au président Ahmadinejad en 2009 au sujet de l’arrestation de Clotilde Reiss, elle avait elle-même dit :

« Le chercheur n’est pas un agent des services de renseignements, pas plus qu’un James Bond ou un trafiquant ».

Fariba Adelkhah

Aujourd’hui, nous demandons aux gouvernements iranien et français de faire tout leur possible pour libérer au plus vite Fariba Adelkhah et Rolland Marchal. Les relations culturelles et académiques ne doivent pas être l’otage de tensions politiques entre les gouvernements.

Cet article est publié dans la continuité de notre série d’articles consacrés à la diaspora iranienne. Nous publierons bientôt d’autres articles afin de vous faire connaitre les Iraniens de l’étranger.