Ci-bas, vous trouviez un mail que nous avons reçu de Yâsaman Mansoori, une Iranienne lectrice de Lettres Persans.

“Russari to dorost kon !” – “Remets-bien ton voile !”, combien de fois ai-je entendu cette phrase alors que je me baladais dans les rues de Téhéran, Shahsavar, Chiraz, partout, prononcé par un homme au coin d’une rue ou au volant de sa voiture. À peine ai-je le temps de réagir que l’homme disparaît. A sa manière, il fait régner l’ordre dans l’espace public.

Par cet ordre, il a sûrement rendu fier l’ayatollah Khomeini qui dès 1979 lors de l’avènement de la République islamique d’Iran fait de ce voile porté par les femmes, le symbole du pouvoir et de l’ordre établi. La femme devient alors le relai des idéaux de la Révolution. Il souhaite qu’elle s’éduque pour transmettre à ses enfants ses principes et va donc lui ouvrir plus grandement les portes de l’Université. Pas de chance, les femmes qui représentent aujourd’hui 60% des étudiants ont d’autres priorités. Elles lancent au sein même de ces universités des mouvements de protestation contre les inégalités auxquelles elles font face. 

Tout est parti d’un contrôle de la police des mœurs pour non-respect des lois sur le port du voile. En effet, si le voile couvrant les cheveux des Iraniennes tombe, alors le régime commence à trembler. Si leurs cheveux flottent librement dans l’air, ses fondations s’écroulent. Toutes ces femmes qui, depuis la mort de l’une d’entre elles, Mahsa (Jîna) Amini, le 16 septembre 2022, prennent les rues pour exprimer leur colère. Manifester en Iran, retirer son voile dans la rue peut leur coûter leur vie, la violence étatique n’a aucune limite et le courage et la détermination de ces femmes non plus.

Plus qu’une question de voile

Au-delà de la dénonciation des discriminations continues envers les femmes iraniennes depuis des décennies, c’est toute l’oppression d’un gouvernement bien en place qui est contestée. Les promesses de liberté et de justice faites il y a 43 ans n’ont pas été tenues. Censure, violence, interdictions, inflation, sanctions, inégalités, arrestations, exécutions sont des mots pouvant décrire la politique de cette République islamique d’Iran. Du Kurdistan iranien délaissé et discriminé par le pouvoir, aux rues de la capitale, Téhéran, tous et toutes se retrouvent chaque jour pour faire entendre leur voix, crier leurs revendications, celles d’obtenir une société dans laquelle exister ne serait plus synonyme de souffrir. 

Ces femmes qui mènent ce combat depuis plusieurs jours en sont les héroïnes, elles ne cessent de montrer que rien ne peut plus les arrêter. Elles demandent à ce que nous, à l’étranger, soyons le relais de leur message, que l’on fasse entendre leurs voix. Relayez leurs revendications sur les réseaux sociaux, partagez les informations des personnes sur le terrain, informez-vous sur ce qu’il se passe. Elles ne vous demandent pas de les sauver, elles s’en chargent ! 

L’espoir d’un peuple  

La beauté de la lutte s’exprime dans le rassemblement qu’elle entraîne. Être ensemble, se sentir soutenu, l’effet de groupe, voir des personnes partagées les mêmes idées et revendications, c’est cela qui fait tenir et qui permet à la révolte de perdurer. Alors même que la République islamique ne sera pas remplacée demain car il n’y a pas d’alternative politique crédible et consensuelle (ce régime a fait en sorte de faire taire tout parti adversaire), ce combat n’est pas vain. Il permet de montrer aux autorités que le peuple est prêt à tout pour se faire entendre, qu’il n’en peut plus et que le gouvernement n’aura pas le choix ; soit se plier soit mettre en place des changements radicaux s’il ne veut pas que les manifestations continuent. 

L’espoir est là, il est palpable lorsqu’on voit toutes ces images de femmes et d’hommes debouts à battre le pavé en scandant “zan, zendegi, âzâdi” “femme, vie, liberté” ou “marg bar dictator” “à bas la dictature” dans les rues de nombreuses villes iraniennes. Qui sait, le vent soufflera peut-être enfin dans leurs cheveux. Qui sait, le vent finira peut-être par faire danser leurs cheveux. 

Yâsaman Mansoori 

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